Mahfoudh Bensotta, l’ébéniste de Djerba

Premier passage en ville aujourd’hui. Il est 11h, un peu tard mais toujours temps pour faire mon pèlerinage.
Mon 85mm sur l’épaule, arrivé au centre ville je commence par me diriger vers la place du café Ben da mech, haut lieu de nos rencontres.
En chemin je croise, sortant de son restaurant, Baccar, le patron du restaurant portant son nom. De sa carrure importante, il semble bien me reconnaître dès que je le salue. Le temps d’échanger quelques mots et je continue pour aller retrouver le dernier des 4 compères de belote.
Devant sa boutique Yehuda est toujours là. Accompagné de son fils, visiblement en train de regarder les comptes, il est à l’ombre du bougainvilliers qui accueillait il y a peu encore les oiseaux de l’île le soir alors que les cartes et dominos claquaient sur les tables pendant les soirées d’été.
On échange sur cette année qui vient de passer, les nouvelles de Djerba, les touristes qui préfèrent emplir les hôtels avant le mois de Ramadan et les autres qui restent sans se soucier de l’agitation qui se fait plutôt nocturne.
Après avoir pris ensuite quelques nouvelles de mon grand cousin qu’il a bien connu, je reprends mon chemin pour me diriger vers le marché pour y faire quelques pas au milieu des touristes qui me font abandonner la visite et m’enfuir de l’autre côté de la ville pour y retrouver une des plus belles maisons de mes souvenirs. Elle est fermée actuellement mais j’ai encore en tête mes dernières visites : le petit panier de fraîchement cueilli qui accompagne la soirée, la préparation des couscous tous divin, arrangé dans une vaisselle introuvable, les bricks roulées aux amandes et au miel croquant et fondant en bouche, avant le thé brûlant annonçant la sieste de l’après midi dans une chambre aux murs de chaux blanche et décorés de petites fibules accrochées aux tapis ou aux couffins.
En descendant vers ma nouvelle destination je passe devant un atelier de l’extérieur duquel j’ai presque fait une photo. Plutôt qu’un essai furtif, je me suis finalement approché de l’homme tenant sa scie dans les mains alors qu’il apporte les derniers renfort à un tabouret qu’il termine.
Je commence quelques photos au milieu de l’atelier alors qu’il continue son œuvre. Un peu hésitant à pénétrer au milieu de ses outils, il m’accompagne à l’intérieur et m’explique chacune des machines, en débutant par celle qu’il a conçu lui même il y a plusieurs décennies et qu’il utilise toujours pour découper l’intérieur des planches de bois et créer par exemple ce chandelier à 9 branches qu’il me tend. On continue la visite par une deuxième pièce tout aussi grande dans laquelle il me montre fièrement des photos de son fils, champion de cyclisme entouré de ses amis lors de remises de médailles. Viennent ensuite les sculptures sur bois que son fils réalise sur des pièces préparées par son père puis les moucharabiehs et récupérations d’anciens fers forgés de fenêtre qu’il restaure pour en faire des tables en verres.
On terminera par son diplôme, et son histoire surtout, qu’il me contera avec plaisir et détails. Son père était commerçant à Tunis et c’est lui, après son apprentissage auprès d’un ébéniste italien à Tunis qui vient ouvrir son atelier à Djerba ou son premier fils l’aide maintenant.

Il est temps pour moi de terminer mon pèlerinage et passant remplir des sacs d’une bouteille de sirop d’orgeat puis un pain, taboun, du boulanger Ben Atia devant son four à pierre et enfin quelques délices de ricotta, fraîche, un peu forte qui agrémentera la table de e midi après s’être rafraîchi d’un verre de citronnade coupée à l’orgeat.
La bouteille terminera sa journée dans l’après-midi accompagnée des quelques croquants que j’ai trouvé et qu’il faudra goûter.

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