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Réveil dans le désert

Malgré ce que l’on peut penser, je me réveille assez naturellement le matin, relativement tôt. Je m’endors rapidement le soir mais si mon sommeil est suffisant je me réveille régulièrement avec la lumière du jour qui vient baigner la chambre au matin.

Allongé dans le désert, sous la couverture et le cheich couvrant le visage, les premières lumières du jour ont suffit à m’ouvrir les yeux. Il doit être 4h, peut-être un peu avant, un peu après. Le ciel est encore sombre mais une première bande de lumière se montre face à moi. Le temps de se redresser, secouer un peu le sable, boire une gorgée d’eau et je pars sur “les hauteurs”.

Quelques arbustes, des pierres et le dessin des dunes commencent déjà à prendre de nouvelles couleurs. Enroulé dans le Burnous, il fait encore frais le matin, mais rien n’est plus plaisant que de poser les yeux sur tout ce qui m’entoure pour observer les changements minimes et permanents qui se produisent autour de moi. La nuit laisse petit-à-petit la place aux premières lumières du jour mais les couleurs manquent encore de contrastes. Plein Est, j’attends pendant de longues minutes l’apparition de la première lumière direct du soleil qui éclot derrière l’horizon des dunes.

C’est à ce moment qu’il faut regarder, non pas face au soleil, mais bien dans la direction de sa lumière. A ce moment le moindre pli de dune forme, entre la couleur orangée du soleil et l’ombre portée, des contrastes magnifiques. Les formes se détachent. On découvre un nouveau paysage inconnu la veille, inconnu quelques minutes auparavant et le désert s’étend à nouveau à son infini. La lumière du soleil est chaude, elle réchauffe le sable et l’esprit encore mal éveillé, toujours perdu dans ses pensées.

La découverte du premier désert

Le désert de sel des plateaux de Bolivie est un des lieux que je souhaite découvrir depuis bien longtemps. Il a bien failli m’amener jusqu’en Amériques du Sud il y a peu. Peut-être aurais-je l’occasion de le voir un jour. A défaut, ou finalement avec bonheur, c’est un désert de sable qui fut ma première vision de ce que peut être un paysage dont l’horizon s’étend à l’infini.

Je suis retourné à Djerba en Novembre dernier. L’idée était bien formée dans mon esprit : entrer dans le désert, pénétrer directement au milieu de ce sable et partir à l’abandon, couper les ponts qui nous relient à ce que l’on connait. Arrivé le dimanche, nous avons organisé cette excursion en une soirée, pour partir le surlendemain matin. Le programme est simple. Départ de Djerba à 6h direction Ksar Ghilaine pour entrer directement dans le désert. S’ensuivront 3 jours, 2 nuits à dormir à la belle étoile avec les réserves d’eau et de nourriture que nous emportons.

La première image d’un désert, la première fois que l’on voit s’étendre sans fin le flot des dunes, cette première fois est une image qui ne s’oublie pas. Pour être tout à fait honnête, j’ai cru à un décor de cinéma. Et puis non, on s’avance, on fait quelques dizaines de mètres, on monte sur les premières dunes et on s’aperçoit que ce même décor s’étend sur des kilomètres, sans en voir la fin.

Le vent qui caressait les dunes m’a empêché de sortir mon appareil photo à ce moment, qu’importe. Ce sont des images que je garderai et que je saurai décrire à qui veut l’entendre. Chacun est alors parti dans sa direction, monter, descendre, glisser de dunes en dunes et garder constamment un coup d’œil en arrière afin de ne pas se perdre. Le vent faisait voler le sable, couvrait les bruits de chacun mais ne nous permettait pas d’écouter le silence. Cela je le découvrirai plus tard.

Après près d’1h de marche, de zigzagues, nous revenons en arrière pour prendre un thé, reprendre notre souffle, et finalement pénétrer en 4*4 à travers les dunes. Dès les portes de l’Oasis, on commence une première séance de rodéo à travers les dunes. Ce sera finalement une avancée dans le désert pendant une partie de l’après-midi qui nous mènera jusqu’à notre point de bivouac pour la nuit. Après quelques hésitations Ismail (le conducteur, guide et cuisinier) sélectionne une dune au pied de laquelle il arrête le 4*4 contre un buisson qui fera office d’abri et repose couvertures pour nous abriter du vent.

Pendant que chacun part à la recherche de bois mort pour le feu de la nuit et de cuisine, je me dérobe pour profiter du coucher de soleil, photographier les dunes et leurs ombres changeant de couleurs constamment. Comment prendre un désert en photo ? Comment rendre son immensité, le détail des dunes, le sable qui court à sa surface ? Son silence ?

Finalement la nuit tombe vite, je range rapidement mon appareil photo pour m’assoir autour du feu et regarder Ismail préparer avec minutie, lenteur et attention le diner. Une viande marinée avec légumes, épices et surtout de l’huile d’olive pour être ensuite emballée dans de l’aluminium et enfin enfoui dans le sable, sous les braises. Quel remarquable moment que de le voir préparer cela, en plein désert, le sable pouvant s’immiscer partout mais n’entrant jamais en contact avec la nourriture ou l’eau qu’il utilise. Les gestes sont précis, la main gigantesque et pourtant délicate. C’est un moment particulier qui nous rappelle que les apparences sont souvent trompeuses.

Avant de me coucher, aidé par la lumière de la lune qui sera pleine dans 2 nuits, je pars “me perdre” au milieu des dunes. Mon burnous sur le dos (grande cape de laine épaisse) j’irai marcher pendant près d’1 heure. Les yeux entre le ciel, le dessin des dunes s’entendant sans fin et un coup d’œil en arrière sur un point de repère pour éviter de se perdre (indispensable !).

Le vent est tombé, le silence est maintenant total, les oreilles en bourdonnent. Cette simple sensation fige notre esprit et assois dans le sable. C’est le moment où je me mets à penser, à réfléchir aux grandes idées qui me passent par la tête. Imaginer et rêver dans le calme du désert n’a pas son pareil pour toutes sortes de pensées folles…

Une fois mon coussin de sable préparé, toujours enroulé dans le burnous et recouvert d’1 couverture je m’allonge au pied d’une roue du 4*4, face au ciel. Quelques heures plus tard j’ouvre les yeux réveillé par un je-ne-sais-quoi au bon moment. Face à moi, une étoile filante traverse le ciel de gauche à droite, suivie de sa longue queue. Je peux refermer les yeux, reposé et heureux. Mes idées et mes pensées continuant leurs routes.

 

2 jours plus tard, sorti du désert de dunes, je découvrirai sans m’y attendre le désert de sel auquel je pensais. Le Chott el-Jérid situé entre Douz et Tozeur est le 3ème plus grand désert de sel après ceux de Bolivie et d’Argentine.

A l’ombre d’un 4×4