Archive for juillet, 2012

Dernier tour au marché

Après le traditionnel tour de marché, cette fois-ci pour remplir de quoi réparer un cousus au chevreau, nous en avons profité pour faire un dernier passage par ces lieux de mon petit parcours.
Nous étions donc chez Kanoun, le peintre aux aquarelles somptueuses. « c’est facile, il suffit d’un bon coup de pinceau », et surtout de souvenirs, d’images, de pensées qui débordent de son coeur pour lui permettre de « faire pousser ce palmier » de manière si évidente. Les cavaliers aussi, sans connaitre leur origine, mais présent depuis 5 ans maintenant, son splendides dans leur mouvement. C’est peut être aussi la magie de l’aquarelle qui provoque cela, mais le simple fait de poser mes yeux sur un dessin permet à mon esprit de vagabonder quelques minutes déjà.
Il suffira de 2 palmiers et d’une signature pour repartir avec un menzel tout frais.

Direction les olives, et surtout l’harissa que je dois empaqueter dans des sachets puis des bouteilles en plastiques pour éviter de perdre les affaires qui l’accompagneront dans ma valise. Toujours aussi bien épicée, sans goût de tomate, elle est toutefois plus piquante que d’habitude. Malgré cela, sa finesse toujours inimitable ne me fera pas changer d’avis : elle reste la meilleure harissa que j’ai pu goûter jusqu’à ce jour.

Avant de rentrer, je fais un tour par le marché aux poissons. La vente à la criée est une spécialité qui me captive. Les pêcheurs viennent y vendre leurs petites prises alors qu’ils préfèrent apporter leur prises plus importantes (>15 kg) directement au port. Après être enfilés sur des tresses, ils sont transmis à celui qui se chargera de la vente. Les yeux aiguisés il repère les moindres mouvement de tête ou de paupières faisant augmenter l’enchère. En moins d’1 minute les 6 dorades partiront pour 15 dinars devant un foule d’hommes en chapeau à l’affut des futures grillades de fin de journée.

Rhum, cigare et muezzin

Ce soir c’était anniversaire. Après avoir dégusté de beaux mulets, tout juste grillés avec une pointe de kamoun, c’était le moment de fêter 3 anniversaires. L’un d’eux était un magnifique de 90 années, toujours aussi surprenant.
Pendant que les quelques histoires tournaient, une magnifique idée fut émise de lier le plaisir du cigare à celui du rhum.
Me voici allongé sur les toits, sirotant un excellent rhum vénézuélien, légèrement caramélisé avec soin pendant que le cigare apportait sa dose d’acidité, se liant avec soin à la puissance douce de l’alcool.
Le ciel étoilé était magnifique pendant qu’une des voix de muezzin se faisait entendre au loin. Un délicieux mélange, peu courant et d’autant plus appréciable, de ces pays pourtant si différents.
Merci pour ces magnifiques toits qui ont su nous supporter pendant ce moment magique.

Mahfoudh Bensotta, l’ébéniste de Djerba

Premier passage en ville aujourd’hui. Il est 11h, un peu tard mais toujours temps pour faire mon pèlerinage.
Mon 85mm sur l’épaule, arrivé au centre ville je commence par me diriger vers la place du café Ben da mech, haut lieu de nos rencontres.
En chemin je croise, sortant de son restaurant, Baccar, le patron du restaurant portant son nom. De sa carrure importante, il semble bien me reconnaître dès que je le salue. Le temps d’échanger quelques mots et je continue pour aller retrouver le dernier des 4 compères de belote.
Devant sa boutique Yehuda est toujours là. Accompagné de son fils, visiblement en train de regarder les comptes, il est à l’ombre du bougainvilliers qui accueillait il y a peu encore les oiseaux de l’île le soir alors que les cartes et dominos claquaient sur les tables pendant les soirées d’été.
On échange sur cette année qui vient de passer, les nouvelles de Djerba, les touristes qui préfèrent emplir les hôtels avant le mois de Ramadan et les autres qui restent sans se soucier de l’agitation qui se fait plutôt nocturne.
Après avoir pris ensuite quelques nouvelles de mon grand cousin qu’il a bien connu, je reprends mon chemin pour me diriger vers le marché pour y faire quelques pas au milieu des touristes qui me font abandonner la visite et m’enfuir de l’autre côté de la ville pour y retrouver une des plus belles maisons de mes souvenirs. Elle est fermée actuellement mais j’ai encore en tête mes dernières visites : le petit panier de fraîchement cueilli qui accompagne la soirée, la préparation des couscous tous divin, arrangé dans une vaisselle introuvable, les bricks roulées aux amandes et au miel croquant et fondant en bouche, avant le thé brûlant annonçant la sieste de l’après midi dans une chambre aux murs de chaux blanche et décorés de petites fibules accrochées aux tapis ou aux couffins.
En descendant vers ma nouvelle destination je passe devant un atelier de l’extérieur duquel j’ai presque fait une photo. Plutôt qu’un essai furtif, je me suis finalement approché de l’homme tenant sa scie dans les mains alors qu’il apporte les derniers renfort à un tabouret qu’il termine.
Je commence quelques photos au milieu de l’atelier alors qu’il continue son œuvre. Un peu hésitant à pénétrer au milieu de ses outils, il m’accompagne à l’intérieur et m’explique chacune des machines, en débutant par celle qu’il a conçu lui même il y a plusieurs décennies et qu’il utilise toujours pour découper l’intérieur des planches de bois et créer par exemple ce chandelier à 9 branches qu’il me tend. On continue la visite par une deuxième pièce tout aussi grande dans laquelle il me montre fièrement des photos de son fils, champion de cyclisme entouré de ses amis lors de remises de médailles. Viennent ensuite les sculptures sur bois que son fils réalise sur des pièces préparées par son père puis les moucharabiehs et récupérations d’anciens fers forgés de fenêtre qu’il restaure pour en faire des tables en verres.
On terminera par son diplôme, et son histoire surtout, qu’il me contera avec plaisir et détails. Son père était commerçant à Tunis et c’est lui, après son apprentissage auprès d’un ébéniste italien à Tunis qui vient ouvrir son atelier à Djerba ou son premier fils l’aide maintenant.

Il est temps pour moi de terminer mon pèlerinage et passant remplir des sacs d’une bouteille de sirop d’orgeat puis un pain, taboun, du boulanger Ben Atia devant son four à pierre et enfin quelques délices de ricotta, fraîche, un peu forte qui agrémentera la table de e midi après s’être rafraîchi d’un verre de citronnade coupée à l’orgeat.
La bouteille terminera sa journée dans l’après-midi accompagnée des quelques croquants que j’ai trouvé et qu’il faudra goûter.

Retrouver un peu de chaleur

Après 3h de vol, 3h de retard et 1h de douane pour cause de capsules de gaz pour bombe à chantilly, me voici arrivé à Djerba.
La maison de mes vacances est tout modifiée, adaptée et il me faudra du temps pour m’y faire et oublier. Il reste tout de même quelques vestiges : des luminaires, des malles, 1 bougainvilliers, du feuhl et surtout le bleu retrouvé des portes contrastant avec bonheur sur le blanc des murs.
Il a fait chaud la veille, il fera chaud aujourd’hui et pendant toute cette première semaine de ramadan. Encore la même période du jeûne et de l’activité nocturne pour venir retrouver l’île pendant 1 semaine de repos familiale.
Je profite donc de cette première journée au calme dans ce nouvel environnement pour ne pas faire grand chose si ce n’est : prendre conscience des 40*C extérieur, passer la vision nouvelle d’un ciel entièrement bleu et repenser à ces dernières semaines.